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Courriels non sollicités

À quand une loi canadienne contre le pollupostage?

Thane Burnett
01/10/2007 09h08 

Courriels non sollicités - À quand une loi canadienne contre le pollupostage?
 

L'histoire de l'arrestation de ces deux polluposteurs — l'un au Canada et l'autre aux États-Unis — illustre bien la façon dont chacun des pays mène cette lutte technologique aux enjeux importants contre les milliards de courriels indésirables qui envahissent les boîtes de réception des utilisateurs d'Internet.

Les enquêteurs n'ont pas la tâche facile

Aux États-Unis — alors même que ce pays est accusé ne pas en faire assez pour s'attaquer au pollupostage — Robert Alan Soloway, surnommé «le roi du pourriel», est maintenant en attente d'un procès en janvier au cours duquel il devra répondre à 35 chefs d'accusation. Les accusations, déposées à Seattle en mai dernier, sont le résultat d'une longue enquête fédérale passée à suivre à la trace les millions de courriels supposément envoyés par la compagnie de Soloway.

Le travail a été rendu plus difficile parce que, selon ce qu'affirme la police, bon nombre de pourriels étaient masqués et envoyés par l'entremise de réseaux informatiques «zombies» ou botnets appartenant à des victimes innocentes.

Les enquêteurs, en vertu des lois anti-pourriel américaines, ont littéralement dû compter les courriels — des centaines de millions que Soloway est soupçonné d'avoir expédié au cours d'une seule période de trois mois.

En raison des accusations de vol d'identité qualifié qu'elle comporte, cette cause est considérée comme historique aux États-Unis. Elle fait aussi l'objet d'une comparaison avec le procès en Australie de Wayne Mansfield, la première grosse prise après l'adoption de lois anti-pourriel dans ce pays en 2003. On estime que Mansfield a envoyé 56 millions de pourriels — ce qui lui a valu une amende de plusieurs millions de dollars.

Des polluposteurs qui prospèrent en toute tranquilité

La portée et l'impact de ces causes est très différente de notre expérience au Canada, où il n'existe pas de lois spécifiques contre le pollupostage.

À Winnipeg, un dénommé Toluwalade Alonge Owolabi, accusé d'escroquerie par courriel, a récemment été arrêté en rapport avec une histoire de fraude sur avance émanant d'Afrique de l'Ouest. Il s'agit de la première arrestation effectuée par un service police canadien, à l'exception d'une enquête menée à Toronto il y a quelques années. Elle est également accueillie comme une cause historique en matière de pollupostage.

Mais les accusations, déposées le mois dernier, ne sont pas survenues à la suite d'une cyber-enquête sophistiquée appuyée par le fédéral.Owolabi a été arrêté quand il s'est ni plus ni moins jeté lui-même dans les bras des policiers.

Le projet Spamhaus, un groupe de surveillance international, classe le Canada huitième au monde parmi les «paradis» pour polluposteurs — juste derrière des pays comme la Chine, la Corée du Sud, la Russie et le premier en tête, les États-Unis.

Mais alors que les cyber-crimes liés au pollupostage mettent en jeu des technologies de fine pointe, notre réponse est, dans l'ensemble, plutôt de la vieille école.

Dans la cause de Winnipeg, un homme de 84 ans s'est présenté à la police après s'être supposément fait soutirer plus de 30000$.

Il avait répondu à un courriel non sollicité promettant un montant de 1,5 million de dollars — à condition qu'il envoie d'abord quelques milliers de dollars à l'avance pour couvrir les frais.

Il a expédié l'argent par transfert bancaire électronique à une banque du Ghana, qui, jusqu'ici, n'a pas collaboré avec la police canadienne.

La victime ne s'est adressée à la police que quand quelqu'un lui a supposément dit qu'il allait venir en personne recueillir encore plus d'argent à l'avance — lui demandant même de défrayer le coût de l'avion jusqu'à Toronto.

«La différence entre cette victime et d'autres victimes, est que cet homme n'avait pas l'intention de garder l'argent», dit l'agente Gerri Forscutt de l'unité des délits commerciaux de la police de Winnipeg. «Il voulait tout donner.»

Selon Madame Forscutt, son département reçoit en moyenne un appel par jour de personnes se plaignant d'un pourriel ou d’une fraude par courriel. À cause du manque de ressources et de la possibilité minime de mettre la main sur les coupables, les victimes se font dire que la police ne peut rien faire et on leur conseille de communiquer avec PhoneBusters, le centre d'appel antifraude du Canada. Mais PhoneBusters ne porte pas d'accusations et ne recueille pas de données spécifiques sur le pollupostage.

«Essentiellement, nous ne pouvons pas retracer ces personnes», affirme Madame Forscutt. «Et l'argent est pratiquement impossible à suivre.»

Mais la police a entrevu la possibilité de procéder à une arrestation dans le cas de la personne âgée escroquée de Winnipeg.

Owolabi, un homme de 36 ans qui est au Canada depuis environ un an, est accusé de fraude de plus de 5000$, de fraude de moins de 5000$ et de cinq autres délits — des accusations qui ne visent pas spécifiquement à s'attaquer au pollupostage.

Aux États-Unis, en Australie et même en Chine, les causes ont été plus directes dans la lutte contre le pollupostage — qui atteint à présent de 75 à 95 % des courriels qui arrivent dans la boîte de réception de l'utilisateur moyen. En 2003, Jeremy Jaynes, un caïd du pourriel de Caroline du Nord, a été déclaré coupable et a été condamné à neuf ans de prison.

Pendant ce temps, la cause de Seattle impliquant Soloway, un homme de 27 ans, arrive après que Microsoft eut obtenu un jugement civil de 7 millions de dollars contre lui — et qu'un petit fournisseur de services Internet en Oklahoma eut de son côté obtenu 10 millions de dollars. Malgré tout, Soloway a supposément continué ses envois de pourriel.

«L'accusation criminelle (de pollupostage) est difficile à étoffer», affirme Kathryn Warma, une assistante-procureure des États-Unis assignée à la cause de Soloway. «Imaginez seulement le suivi qu'incombe un tel volume.»

Parmi les conditions requises, il faut établir que les polluposteurs envoient des quantités minimum spécifiques, comme 100 messages électroniques par période de 24 heures ou 10 000 par année.

Mme Warma a affirmé en entrevue exclusive à Sun Media qu'au moment où il a été arrêté, Soloway ne manquait pas de clients futurs.

«Parmi les preuves, nous avons trouvé dans son appartement des commandes de pollupostage en voie d'être remplies — selon les calculs préliminaires, le nombre de courriels qu'il promettait d'expédier s'élevait à ... des centaines de millions», affirme Mme Warma.

Quand Soloway a été arrêté, il y a rapidement eu des indications comme quoi cela aurait un effet sur la quantité de pourriels encombrant votre ordinateur.

Bien que Mme Warma assure avoir des données indiquant que les causes récentes ont incité certains polluposteurs à déménager leurs pénates en Europe et en Russie, le temps passé par Soloway en maison de transition en attente de son procès n'a pas diminué le flot de pourriels.

Le site de M. Soloway était encore actif!

Après l'arrestation de Soloway, son site Web est resté pleinement actif — hébergé par un fournisseur canadien, selon ce que des responsables américains ont déclaré à Sun Media.

Quand ils se sont adressés à la compagnie pour demander des renseignements, ils se sont fait dire que les règles canadiennes en matière de confidentialité signifiaient qu'il n'y aurait pas de coopération transfrontalière.

Mais depuis ce temps, le site a apparemment été discrètement retiré.

thane.burnett@sunmedia.ca






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