Interview

 

Pascal Colombani, auteur de Fraudes à la CB

Publié le 09-12-2004 dans le thème Contrefaçon

Pays : France - Auteur : Damien Bancal


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Note des lecteurs: 2.0/5

Que se passe-t-il du côté de nos cartes bancaires. Question à Pascal Colombani auteur du livre Fraudes à la CB. Comme nous vous le montrons dans ZATAZ Magazine papier 13 (voir), le piratage d'un distributeur de billets de banque est facile pour les bidouilleurs et autres pirates. Nous avons été posés quelques questions à Pascal Colombani, auteur du livre "Fraude à la carte bancaire", aux Editions Carnot.

1 : Pourquoi avoir sorti ce livre ?
Parce que la fraude aux cartes bancaires - et la criminalité qui l'accompagne - déferle en France : elle a augmenté de + 165 % depuis l'an 2000 ! Pour l'an dernier seulement, les banques ont déclaré 274 millions d'euros de fraude, ce qui signifie que 548 000 utilisateurs de cartes bancaires ont été victimes des fraudeurs, si l'on considère un préjudice moyen de 500 euros par carte détournée. Soit 1 500 victimes par jour ! On minimise l'importance de la fraude par rapport au volume des transactions, mais ce seul chiffre est inacceptable pour un moyen de paiement réputé - à tort - pour être « le plus sûr au monde ». D'autant plus que ce nouveau fléau peut conduire certaines victimes à des situations dramatiques : surendettement, divorce... Les exemples ne sont pas rares. Car si l'on parle d'un préjudice moyen de 500 eur, la fourchette des réclamations va de 100 à plus de 20 000 euros, parfois davantage ! Et dans ce cas, c'est un véritable parcours du combattant qui s'engage avec la banque, pour faire respecter la loi et se voir rembourser. Cette situation est d'autant plus intolérable qu'une grande partie de cette fraude pourrait être évitée, si les utilisateurs étaient simplement mieux informés : quelles sont les techniques utilisées par les fraudeurs ? Quels sont les failles et les faiblesses qui permettent ainsi à la fraude de prospérer ? Et surtout, quels sont les gestes à ne pas faire et les précautions à prendre pour limiter les risques ? Tout cela, les banques ne l'expliquent jamais. Pour cacher leurs défaillances, elles n'hésitent pas à mettre les utilisateurs en danger en ne leur fournissant aucune information objective.

2 : Une fraude toutes les 6 secondes. Inquietant ?
"Inquiétant" est un mot faible : au delà de la montre, cela représente pour une seule année un volume de 3,6 millions de transactions frauduleuses. Ce sont autant de fois où le système interbancaire n'a pas détecté qu'une fraude était en train de se commettre. Preuve s'il en est encore besoin que ce mastodonte est complètement dépassé par la fraude. Où donc est le modèle de sécurité français, avec de tels résultats ? Il faut bien comprendre que le fraudeur a intérêt à multiplier les petites transactions sur une même carte plutôt que de tenter des grosses transactions qui pourraient le faire repérer. Pour cela, tous les moyens sont bons ; de la simple languette de plastique à la Yescard, il dispose de toute une panoplie de méthodes et de techniques, bien connues des banques, qui leur permettent de vider le compte - découvert autorisé compris - de n'importe quel porteur de carte ! Les nouvelles technologies qui devraient contribuer à réduire - si ce n'est empêcher - la fraude, lui permettent en réalité de se démultiplier ; cela a d'abord été le cas avec la piste magnétique et l'apparition du "skimming" (duplication de la piste à l'insu de l'utilisateur, également appelé Whitecard), qui représente aujourd'hui la plus grande partie des fraudes ; et c'est maintenant le cas avec la puce et sa contrefaçon, la Yescard... qui représente déjà en 2003 près d'un quart (21,5%) des paiements frauduleux nationaux ! Le plus préoccupant est sans doute que toutes ces techniques de fraude s'additionnent : les chances de passer au travers des mailles du filet des fraudeurs deviennent bien faibles, si l'on ne s'informe pas sur les pièges qu'ils nous tendent ! Au lieu de le reconnaître, et d'informer les utilisateurs des risques et des moyens de se protéger, les banques se retranchent derrière des technologies faussement sécuritaires, telles que la puce, en jurant qu'elle est "inviolable" et que donc "la fraude est impossible". Ce faisant, elles n'ont fait que démontrer leur totale incompétence à contrôler le déferlement de la fraude.

3 : La whitecard n'a jamais été aussi présente depuis quelques mois, pourquoi une telle présence ?
Il n'y a pas qu'en France que la fraude déferle. C'est en fait le cas depuis cinq ans dans la plupart des pays du monde et la Whitecard, comme vous le soulignez, en est aujourd'hui la principale cause. Cette fraude fait l'objet d'une exploitation très organisée : les fraudeurs piègent des distributeurs de billets ou des automates avec des dispositifs extrèmement discrets, qui copient la piste de la carte insérée par l'utilisateur et enregistrent simultanément le code secret tapé sur le clavier. Ces données sont récupérées et reproduites sur des cartes à piste quelconque (on retrouve même de fausses cartes faites sur de simples tickets de parking, qui comportent le même type de piste). Avec, les malfrats écument les distributeurs de billets ; la victime ne s'est aperçue de rien, elle ne découvrira la fraude que lorsque son compte sera dans le rouge ! Ces contrefaçons représentent aujourd'hui un volume nettement plus important que la fausse monnaie dans le monde. Or des organisations criminelles internationales - liées au terrorisme - ont compris que la France leur offre un territoire inégalé pour la fraude à la whitecard. En effet, les banques françaises ont imposé la carte « internationale » à presque tous les clients (96% des cartes, alors que moins de 10 % des porteurs ont l'occasion de l'utiliser ne serait-ce qu'une fois à l'étranger au cours des deux ans de validité de la carte) . Du coup, les cartes françaises peuvent être piratées en France, et leurs contrefaçons utilisées à l'étranger, sans que la victime n'ait jamais voyagé ! De plus, en raison de l'utilisation de la puce depuis 1992 pour tous les règlements chez les commerçants français, la France est le seul pays au monde où les porteurs des cartes bancaires frappent leur code secret sur tous les terminaux de paiement, en plus des automates et distributeurs automatiques. Ce qui multiplie d'autant les points de compromission - il y en a 1 million en France - c'est-à-dire les endroits où il est possible de détourner le code secret, en plus des données de la piste ou de la puce. Les fraudeurs regorgent d'imagination pour cela : bretelles numériques, mini caméras, jeu de miroirs, ruse et observation...

4 : En 2001, le GIE annonce un renforcement de la sécurité des CB à puce. Fin 2004, il existe encore des Yescards en fonction. Vous expliquez cela comment ?
Les mesures qui ont été annoncées en 2001 par le GIE CB n'ont été que de la poudre aux yeux. Elles étaient destinées à rassurer les journalistes et à endormir l'opinion publique, après plus d'un an d'inquiétude autour de la sécurité des cartes bancaires. En fait, la stratégie de communication de ce puissant organisme, pour se défendre des virulentes attaques médiatiques de cette époque, a été de transposer le débat sur une question technique incompréhensible pour la plupart des Français : la longueur de la clé de cryptage de la puce. 768 bits sont-ils plus efficaces que 340 bits pour empêcher la contrefaçon et lutter contre la fraude ? Sans doute, puisque les banques nous l'affirment ; ce sera donc la solution. Les nouvelles cartes seront programmées selon une clé de 768 bits, et remplaceront les anciennes au fur et à mesure de leur fin de validité. Tout va pouvoir rentrer dans l'ordre, les risques de fraude disparaîtront bientôt, dormez tranquille, braves gens ! Mais en réalité, cette fausse mesure n'a même pas fait l'effet d'une rustine : la véritable faille de la puce bancaire n'a rien à voir avec la taille de sa clé, tous les "Yescarderz" le savent..., ainsi bien sûr que tous les banquiers ! Le véritable objectif de cette mascarade était tout autre : faire dépenser 75 millions d'euros aux commerçants pour la mise à jour de leurs terminaux, ce qu'ils ont fait en pure perte : car bien que mis à jour pour lire les nouvelles clés de 768bits, le terminal de paiement ne reconnaît pas plus la fausse puce aujourd'hui qu'il y a trois ans et la Yescard continue de prospérer.

Mais il y a bien d'autres fausses mesures qui ont été prises, toutes aussi graves : à la demande du gouvernement, on a par exemple tronqué une partie du numéro de carte bancaire sur les facturettes de paiement, pour empêcher leur utilisation par des tiers. Mais en réalité, seul l'exemplaire « client » de la facturette a subi cette modification. Sur l'exemplaire conservé par le commerçant, le numéro à 16 chiffres de la carte et la date d'expiration sont toujours inscrits en clair, en fin 2004. Or, tous les "Yescarderz" savent également que la seule donnée nécessaire pour fabriquer une fausse carte à puce est le numéro à 16 chiffres de sa victime. Il n'est donc pas étonnant de constater que le trafic des facturettes "commerçants" est actuellement en pleine expansion. Des réseaux organisés rachètent ces facturettes à des employés indélicats ou à des cambrioleurs, le commerçant n'étant tenu à aucune mesure de sécurité quant à leur conservation.

5 : Dans votre livre vous mettez en avant la communication plus que particuliére des banques ? Pourquoi ne prennent-elles pas le taureau par les cornes et informent correctement leurs clients ?
La carte bancaire est un produit qui rapporte plusieurs milliards d'euros de bénéfice chaque année aux banques. Elles redoutent une possible désaffection de la carte bancaire si le public venait à être informé des risques qu'il y a à utiliser ce moyen de paiement. Parler de la fraude, ça fait peur ! Et si l'on a peur, on se servira moins de sa carte, voilà ce que l'on croit chez les banquiers. Non seulement cette attitude est imbécile et rétrograde, mais elle est aussi la cause majeure de la fraude ; car en ne prévenant pas leurs clients des risques qu'ils courrent, les banques les empêchent du même coup de se protéger. Les fraudeurs en profitent et peuvent et se gausser de constater à quel point les banques leur facilitent la tâche ! Mais il y a aussi des enjeux plus graves, d'ordre politiques. Prendre le taureau par les cornes et informer les clients, ce serait en même temps « avouer » que le système théoriquement le plus sécurisé au monde ne correspond pas du tout à l'image qu'il en a aux quatres coins de la planète : l'adjonction d'une puce à la carte n'a en rien empêché la fraude d'exploser, bien au contraire. Or, la plupart des continents, europe en tête, sont en train de s'équiper à leur tour de cartes bancaires à puce, dans le cadre d'un projet calqué sur le "modèle" français. De par le monde, on est persuadé que comme en France, la fraude deviendra "impossible". Mais ce projet bancaire, mené par les opérateurs Visa et MasterCard, est une véritable supercherie : son véritable but est en fait de transférer la responsabilité de la fraude sur les épaules de l'utilisateur, tout comme en France depuis 1993, avec l'arrivée de la puce. Attirer l'attention des utilisateurs de cartes sur le fait que les fausses puces occasionnent déjà presque un quart de la fraude nationale, ce serait reconnaître du même coup que cet énorme projet mondial est bâti sur une fausse légende : celle de l'inviolabilité de la puce bancaire ! Et ce serait donc révéler le véritable dessous des cartes, qui n'est autre que le transfert juridique de la responsabilité de la fraude.


6 : Aujourd'hui, avec trois mots clés, nous sommes capables de trouver des bases de données de CB ? Le web a-t-il favoriser la fraude à la CB ?


6 : Aujourd'hui, avec trois mots clés, nous sommes capables de trouver des bases de données de CB ? Le web a-t-il favoriser la fraude à la CB ?
Les banques ont l'habitude de fustiger Internet et de le dénoncer comme étant la cause principale du développement de la fraude. Mais il faut regarder les choses en face : le Web favorise la fraude au même titre que la route favorise les accidents de voitures ! Ce n'est pas le média qui est en cause, mais le comportement de ceux qui en sont les acteurs. À commencer par les banques elles-mêmes : elles ne s'en vantent pas, mais elles sont régulièrement l'objet de piratages de fichiers qui sont directement accessibles par Internet, alors que les clients auxquels ces données correspondent ne sont même pas au courant de cette accessibilité, ne l'ont pas demandé et pour beaucoup ne surfent jamais ! Ce qui est impardonnable de la part des pouvoirs publics, c'est de n'avoir contraint ni les banques ni les entreprises qui gèrent des fichiers de cartes bancaires, sur Internet ou par tout autre moyen, à la moindre mesure de protection spécifique pour la conservation de ces informations. Là non plus, ce n'est pas Internet qui est en cause ; pour bien vous en rendre compte, il suffit de demander aux commerçants que vous réglez par carte ce qu'ils font de l'exemplaire de la facturette qui leur revient, alors que celle-ci comporte toutes les données nécessaires à la fraude, comme nous l'avons vu plus haut. Vous obtiendrez autant de réponses différentes que de commerçants interrogés : certains les rangent dans des chemises en carton, d'autres les envoient une fois par mois au comptable, d'autres encore les jettent à la poubelle... Il n'existe aucune règle à ce propos. En 2003, les terminaux de paiement des commerçants ont imprimé 4 milliards de ces petits bouts de papier, qui sont autant de tickets gagnant pour la fraude. Ils sont évidemment beaucoup plus facilement accessibles que sur Internet. Combien d'entre eux sont-ils déjà aux mains des fraudeurs ?

7 : Toutes les cartes à puces et ou à bandes magnétiques sont piratées et/ou piratables. (Décodeurs, photocopieurs, péages, ...) quelle serait la bonne protection pour vous pour protéger nos bouts de plastiques ?
Il n'y a à mon sens qu'une sorte de protection qui puisse être véritablement efficace contre la fraude, quelle que soit la technologie utilisée : celle de l'information et de la transparence. Les banques ont axé toute leur sécurité sur le principe du secret : code secret, clés secrètes, techniques secrètes, chiffres secrets, stratégies secrètes, bénéfices secrets... Résultat : tout est secret et personne ne sait rien. Or, force est de constater l'échec du culte du secret en matière de sécurité, avec une telle explosion de la fraude. Non seulement, les secrets ne sont depuis bien longtemps que de Polichinelle pour les fraudeurs, mais en plus ces mêmes secrets empêchent les utilisateurs de se protéger ! Devant une telle opacité, la loi ne peut remplir son objectif de protection des citoyens et de lutte contre la fraude. Il est impératif que l'on impose d'urgence aux banques de remettre en cause publiquement ce qui ne fonctionne pas, si l'on veut trouver des véritables solutions. À commencer par ce grave déficit d'information, dont il faut aujourd'hui payer les conséquences ! Mais en attendant, il n'y a pas d'autre choix que d'accepter les défauts et les risques de la carte bancaire si l'on veut continuer à s'en servir. Alors si l'on veut réduire les risques de fraude, il est impératif de s'informer avant d'être victime. Qui, par exemple, est capable de reconnaître un distributeur piégé avant d'y introduire sa carte ? Seulement celui qui s'est informé au préalable, qui a vu des photos et qui connaît les signes caractéristiques de ces pièges. Par la seule information, cet utilisateur saura assurer à sa carte une protection bien plus efficace que n'importe quelle technologie, fut-elle secrète.

8 : Que pensez-vous de la nouvelle génération de CB qui, sans aucun contact, va permettre de payer ? (Carte sans fil.)
C'est certainement un progrès dans le confort d'utilisation de la carte, mais ce n'est pas un progrès en termes de sécurité. S'il est possible de lire la puce de la carte sans contact, il est aussi possible de la détourner ou de l'usurper sans contact non plus. Chaque nouvelle technologie s'accompagne nécessairement du moyen de la contourner. C'est l'équilibre même des choses, la logique du progrès. On parle aussi beaucoup des systèmes biométriques pour améliorer la sécurité : reconnaissance de l'iris, des empreintes digitales ou des pulsations cardiaques par exemple. Mais il ne faut pas se faire d'illusions ; il existe déjà des systèmes qui trompent ces automates de dernière génération et l'on reconnaît qu'ils ne sont pas suffisamment fiables pour envisager leur utilisation. Sans compter que ces systèmes posent de graves questions quant à la constitution de fichiers de données biométriques sur les individus.

9 : La police et la justice ont traqué sur Internet les logiciels, et les auteurs, de Gezeerolee, ... D'aprés vous, pourquoi les auteurs ont-ils diffusé ces logiciels ? J
'ai rencontré longuement Geoli, l'auteur de Gezerolee, quelques semaines après cette divulgation, en juin 2001. Il n'était pas forcément l'un de ces hackers altruistes dont le seul but serait de dénoncer des failles pour qu'elles soient réparées. Il était encore moins un criminel vengeur désireux de ruiner l'économie ! Pour lui, il s'agissait davantage d'un jeu, d'une sorte de défi amusant qu'il s'était lancé au fil des mois, comme tant d'autres internautes depuis l'affaire de Serge Humpich : être le premier à rendre la Yescard accessible à tous, sans aucune compétence informatique ! Car lui-même ne pratiquait l'informatique et l'électronique qu'à titre de hobby. Il a réussi son pari, en créant la première interface complète de programmation d'une Yescard par simple clic. Mais moins de dix jours plus tard, cinq autres logiciels arrivaient à leur tour... D'où venait cette espèce de concours qui s'était lancé ainsi sur la toile ? Tout simplement de l'attitude désastreuse des banques et de leur groupement au moment de l'affaire Humpich, mais aussi au cours du débat médiatique houleux qui a suivi la publication anonyme des clés de cryptage de la puce bancaire sur Internet au printemps 2001. Les banques ont alors accumulé les mensonges et la désinformation ; elles ont instrumentalisé la justice et la presse pour couvrir leurs défaillances, en fustigeant Internet et en dénonçant un complot fomenté par un pays étranger... Ceux qui se sont intéressés de plus près à l'affaire à cette époque ont bien vu à quel point les mensonges et supercheries bancaires étaient grossiers ; il est évident que cette attitude irresponsable et injurieuse à l'égard du public - sans que celui-ci ne s'en rende forcément compte - a stimulé les velléités de très nombreux participants au "groupe de travail" sur la Yescard qui s'était constitué sur la Toile parallèlement au tohu-bohu médiatique. Certains d'entre eux voulaient montrer à quel point on nous prenait pour des imbéciles, d'autres espéraient tout simplement profiter des fausses cartes - ce qu'ils ont d'ailleurs fait - avant que le système soit remplacé ! Je crois qu'une très grande naïveté a présidé à tout celà : au fond, tous s'imaginaient que le système allait forcément être remis en cause une fois que Gezerolee et ses cousins seraient lancés. Le GIE CB s'était lui-même engagé, en 2000, à remplacer immédiatement toutes les cartes si une seule fausse puce étaient découverte ! Il y avait là-dedans une aventure humaine excitante pour beaucoup de ceux qui ont participé à la dissémination de ces logiciels : provoquer une situation sans retour, pour faire exploser un système et le contraindre à changer. Quelque part, cette démarche intellectuelle a dû prédominer dans les esprits des créateurs de la Yescard. On peut assimiler ce phénomène à une nouvelle forme de révolution : tout faire exploser pour tout recommencer ! Hélas ! Non seulement le système français n'a pas changé d'un iota, mais en plus il est devenu la proie des fraudeurs de tous poils, qui se régalent franchement d'autant d'aberrations. Pendant que les banques et les politiques tergiversent pour dissimuler la véritable situation et ne pas reconnaître leurs responsabilités, ils pillent les comptes... Ils ont déjà industrialisé et professionnalisé l'exploitation de la fausse puce, qui bientôt remplacera la fausse piste (whitecard) dans tous les pays du monde. La fraude ne s'en portera que mieux. Il faut cependant comprendre que ni Gezerolee ni ses cousins n'ont déclenché la fraude à la Yescard : avec ou sans ces logiciels, l'apparition des fausses puces était inéluctable. Aujourd'hui, on vend pour moins de 500 euros des cloneurs automatiques de cartes à puce, parfaitement légaux : ils peuvent reproduire à la perfection et en nombre illimité n'importe quelle carte bancaire actuellement en circulation, sur des cartes programmables qui coûtent moins de trois euros pièce ! Ce sont les mêmes que l'on utilise pour les jeux vidéo, les téléphones portables, les décodeurs de télévision, les portes de garage... La seule problématique qui reste à résoudre pour le fraudeur est de disposer du code secret de la carte d'origine, exactement comme pour les whitecard... Gezerolee et les autres ne sont en rien responsables de cela ; ils n'ont été que les révélateurs de l'envers du décor de ce que nous appelons tout simplement le progrès, mais dont nous ne comprenons pas toujours bien les conséquences. (Il est strictement interdit d'essayer de cloner une carte bancaire, même la sienne ! on risque jusqu'à sept ans de prison et 750 000 EUR d'amende, ndlr)

10 : C'est quoi votre mot de passe de CB ?
En 4 lettres : "NO CB"... car je n'ai pas de carte bancaire. La problématique de ce moyen de paiement, en effet, ne s'arrête pas aux risques de fraudes. Des lors que l'on signe un contrat « carte bancaire » avec son banquier, on est de-facto l'objet d'un ensemble d'abus qui me paraissent impossibles à accepter lorsqu'on les connaît. La cotisation de la carte française, en moyenne trois fois plus chère que dans les autres pays, en est un. Mais il y en a bien d'autres : assurances illégales et abusives, clause de renversement de la responsabilité... Le plus révoltant de ces abus est celui concernant le fichier "carte bancaire" géré - illégalement - par la Banque de France et accessible à tous les établissements financiers ; les banques peuvent y inscrire pour une durée de deux ans, sans aucune formalité préalable, les victimes de fraudes qui n'ont pas réussi à prouver le bien-fondé de leurs réclamations, si le préjudice a occasionné un découvert ! Comment accepter de signer un contrat comportant de tels abus dans un état censé être de droit ? D'autant plus qu'à ce prix là, la sécurité n'est même pas assurée. Au-delà de mon cas particulier, comment accepter que la seule alternative à la fraude et à ses abus soit de ne pas avoir de carte bancaire ? C'est une forme d'exclusion de la vie moderne, puisqu'au contraire tout nous incite à utiliser la carte au quotidien. Ceci dit, il faut bien reconnaître le paradoxe : il est aujourd'hui moins dangereux de se promener avec une liasse de billets dans sa poche plutôt qu'avec une carte bancaire. C'est bien pour cette raison que j'ai abandonné ce moyen de paiement et que j'enquête depuis l'an 2000 sur son fonctionnement : puisse-t-il changer enfin et s'améliorer au plus vite !

:: Infos sur la Yescard.
:: Infos sur la Whitecard.

 

 

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